Institut Convergences Migrations : bilan et perspectives d’un acteur majeur sur les questions migratoires en France et à l’international
L’IC Migrations a rassemblé sa communauté scientifique pour faire le bilan de neuf années de recherche et présenter sa transition en une fédération inédite de chercheurs et chercheuses sur les questions migratoires.
Fondé dans le cadre du 2e programme des Investissements d’avenir par l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, le CNRS, l’Inserm, l’Ined, l’IRD, l’EHESS, le Collège de France et l’EPHE, l’Institut Convergences Migrations fédère depuis neuf ans la recherche française et internationale dans le domaine des migrations. Il impulse une recherche collaborative et internationale qui rassemble aujourd’hui près de 800 chercheurs affiliés en sciences humaines et sociales et sciences de la santé, dont une forte proportion de jeunes chercheurs et de doctorants.
L’institut articule ses activités entre recherche, formation, diffusion publique et dialogue avec les acteurs institutionnels et associatifs. Une des clés de la réussite de l’ICM est sa capacité à fédérer les disciplines et les chercheurs et chercheuses. Cette culture interdisciplinaire et internationale a permis l’émergence de productions et de projets résolument créatifs. Ces multiples collaborations entre chercheurs ont généré de nombreux dépôts de projets ANR et ERC, notamment l’année dernière. L’ICM est aujourd’hui connu et reconnu par les pouvoirs publics, les territoires et les associations comme un réseau scientifique incontournable sur les questions migratoires.
Les journées scientifiques organisées au printemps 2026 ont présenté le bilan des activités de l’Institut depuis sa création et dessiné les perspectives de la recherche sur les migrations en France, ainsi que sur la Fédération de Recherche qui s’inscrit dans la continuité de l’ICM à partir de janvier 2027.
En introduction de la première journée, François Héran, professeur au Collège de France et président de l’ICM, est revenu avec émotion sur le parcours de l’institut : « huit ans après, si l’on regarde le chemin parcouru, cela dépasse toutes nos espérances. Nous ne pensions pas pouvoir rassembler autant de personnes, c’était un pari. J’ai eu la chance d’être entouré de personnes formidables tout au long de ces années, j’ai été constamment émerveillé de la qualité et du dévouement de toutes et tous, ce sera l’une des plus belles expériences de ma vie, incontestablement ».
Pour Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, directrice de l’ICM, le bilan présenté dans le cadre de cette neuvième et dernière année du programme, décidée avec l’ANR comme une année de transition vers une nouvelle structure, s’inscrit dans une dynamique très positive : « Ce bilan n’est pas celui d’une clôture. Pour nous, bien au contraire, il s’agit d’un nouveau départ qui s’inscrit dans la continuité de ce que nous avons construit ensemble dans cette grande maison qui est l’Institut Convergences Migrations ». Une grande maison fondée sur l’exigence et la rigueur scientifique : « Huit ans après la création de l’institut, nous sommes aujourd’hui dans un environnement où le monde est en guerre et où la question migratoire est, sur tous les continents, LA question sensible. Et cela nous oblige, je crois, en termes de recherche, à être les plus précis, les plus justes et les plus scientifiques. C’est une exigence de qualité que nous avons eue au sein de l’ICM et c'est une exigence aussi de non-politisation de ce sujet. Quelque chose contre lequel nous avons résisté, pour essayer de rester dans la science, de ne jamais répondre à d'autres injonctions qui sont celles d'un discours politique aujourd'hui ultra-polarisé ».
Des programmes scientifiques nationaux et internationaux
Depuis sa création en 2017, l’ICM a lancé sept appels à projets annuels et financé 130 projets avec des soutiens allant de 15 000 et 150 000 euros. Quelques projets phares sont mis en avant par l’institut : le projet « Flash Ukraine » lancé en 2022 avec la Fondation de France, qui a permis de financer cinq projets internationaux sur les exils ukrainiens, russes et biélorusses ; le projet recherche-action « Palestine » créé sur l’initiative de jeunes chercheurs et construit en partenariat avec l’EHESS, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Médecins du Monde, qui soutient huit projets de recherche-action dont la plupart se passent sur le territoire palestinien ; le projet « Climig », pour penser le climat et les migrations (données, coûts, dommages) et les événements environnementaux en termes de stratégies de mobilité ; le projet « PIF », politiques d’intégration des réfugiés en France, une enquête d’évaluation-intervention, qui analyse les canaux d’intégration des réfugiés ; le projet « Tuberculose » mené avec l’Inserm et l’Université de Rome, qui analyse les recommandations sanitaires concernant les personnes migrantes entre l’Italie et la France ; et le projet « Rise » sur la santé mentale et l’intégration socio-économique des réfugiés du programme AGIR (Accompagnement global et individualisé des réfugiés).
20 ans de recherche sur les migrations
Publié en juillet 2025 par l’ICM, le Livre Blanc des recherches françaises sur les migrations dresse un panorama des recherches menées en France depuis près de vingt ans, leur développement, l’émergence d’un dialogue avec les acteurs institutionnels et associatifs et leur place dans le débat public. Ce livre blanc montre que le soutien à la recherche sur les migrations est un impératif économique, autant qu’une urgence démocratique. Il montre que la question migratoire est centrale et que la science sur le sujet est nécessaire aujourd'hui et pour les années à venir.
Le travail en collaboration entre les scientifiques et les associations de terrain ou les administrations en charge des questions d’immigration a été renforcé grâce à l’ICM. Flore Gubert, directrice adjointe de l’IC Migrations, voit cette collaboration générer des gains réciproques : « les associations sont plus fortes lorsqu'elles construisent leur plaidoyer sur des faits établis scientifiquement avec l'aide de chercheurs. Et de l'autre côté, des chercheurs sont plus percutants et pertinents pour répondre à des questions qui émanent du terrain ». Ces collaborations avec les associations permettent aussi de donner plus de visibilité aux projets de recherche et à leurs résultats. Cela a été notamment le cas pour une étude récente financée par l’ICM et menée avec Médecins du Monde sur la santé des livreurs à vélo. L’enquête a eu un fort impact médiatique lorsqu’elle est sortie en mars 2026, grâce notamment à la capacité de Médecins du Monde à mobiliser la presse et les médias.
Des formations innovantes
Depuis sa création, l’IC Migrations a contribué à la formation doctorale en finançant 26 thèses (allocations de trois ans ou de quatrième année). Une grande réussite de l’institut est la mise en place du Master Migrations a vocation professionnelle ou de recherche avec l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’EHESS. Cette formation pluridisciplinaire répond aux besoins accrus d’expertise sur les questions migratoires, l’asile et les discriminations en formant des spécialistes. Chaque année, l’ICM forme sur le Campus Condorcet plus d’une trentaine d’étudiantes et étudiants en première année, et un nombre équivalent en deuxième année. Ce programme d’excellence s'internationalise de plus en plus et devient une référence sur les questions migratoires.
L’institut déploie également de la formation professionnelle sur les migrations et l’intégration à destination d’acteurs institutionnels, territoriaux et associatifs. Il est membre co-fondateur d’UXIL, un programme d’enseignement et de recherche permettant aux scientifiques et artistes forcés à l’exil de poursuivre leur activité d’enseignement. Une Chaire Migrations 2025-2026 a également été lancée avec l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’EHESS, l’EPHE et UXIL.
Un acteur clé du débat public sur les migrations
L’Institut Convergences Migrations développe une politique dynamique de valorisation et assure une diffusion de la recherche en collaboration avec l’association Désinfox Migrations pour du fact-checking. De nombreux supports ou événements, à destination d’un large public, démocratisent l’accès aux questions migratoires, comme la revue De facto, ou la série de webinaires et de podcasts « Parlons Migrations », ou encore dans le cadre de l’organisation de forums avec les associations. En juillet 2025, l’institut a accueilli et organisé la 22e conférence IMISCOE. Durant quatre jours, plus de mille chercheurs internationaux se sont rassemblés au Campus Condorcet.
L’expertise issue de la recherche de l’IC Migrations est reconnue et se déploie notamment dans le rôle d’expert que peuvent assurer ses chercheurs, notamment dans le cadre d’auditions à l’Assemblée nationale, à la mairie de Paris, au Conseil de l’Europe ou à la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement (Dihal). Les chercheurs collaborent avec les administrations publiques, autour notamment de l’évaluation des politiques publiques dans le domaine des migrations et de l’intégration. Ils coopèrent également avec des associations et le Think tank Synergies Migrations pour la production d’expertises et de policy papers.
Vers une fédération de recherche
Le projet de centre interdisciplinaire « Instituts Convergences » financé dans le cadre du Programme d’investissement d'avenir (PIA), prendra fin en décembre 2026. Le souhait du comité de direction de l’ICM est de poursuivre ses activités après 2026 dans le cadre d’une fédération de recherche, portée par le CNRS et rassemblant les membres fondateurs de l'ICM et de nouveaux partenaires. Une nouvelle structure, plus légère et décentralisée, qui continuera de soutenir une recherche à fort impact et qui renforcera ses partenariats internationaux. Pour Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, « Notre ambition est de transmettre tout ce que nous avons tenté de construire au cours de ces huit dernières années. L'enjeu est que notre mission se poursuive avec à son fondement des chercheurs, une qualité scientifique et un engagement qui soient les plus solides possibles, car nous travaillons, bien sûr, sur des questions à la sensibilité sociale extrême ».
Le projet de fédération est le fruit d’une réflexion et d’un travail collectif, toujours en cours, mené avec les cinq départements, les tutelles et les partenaires de l’ICM. L’esprit de cette fédération réside dans la volonté de rassembler, de coordonner de mettre en synergie les compétences, les expertises ainsi que les moyens humains et économiques. L’idée est de continuer à produire un travail collectif et dynamique et de pérenniser le réseau d’institutions et de chercheurs dans un cadre institutionnel rigoureux et visible. L’enjeu du projet et de réussir à pérenniser, sans bénéficier des mêmes moyens.
La fédération rassemblera les tutelles et établissements partenaires actuels, ainsi que des unités de recherche d’établissements membres ou pas et des unités de recherche du CNRS à l’étranger. La « Communauté de Savoirs Migration » de l’IRD ou encore la communauté de l’IMISCOE seront également parties prenantes.
Le projet prévoit de délocaliser la structure et d’élargir la présence de la fédération sur l’ensemble du territoire français. C’est pourquoi la fédération sera hébergée en partie sur le site du Campus Condorcet et en partie dans les locaux de MSH de Nice. Le projet souhaite également poursuivre l’internationalisation de ses actions et continuer d’accueillir et de fédérer tous les chercheurs et toutes chercheuses travaillant sur les migrations, en maintenant la dynamique très positive créée autour des fellows qui a généré un lien fort entre les scientifiques issus de toutes disciplines et de tous pays. Les cinq axes de recherche actuellement traités par l’ICM seront conservés et pourront être complétés par d’autres thématiques émergentes, comme celles sur les mobilités sud-sud ou les transformations numériques par exemple.
Au niveau des activités, plusieurs idées sont envisagées, comme l’organisation d’un grand rassemblement scientifique tous les deux ans, la création d’un prix de thèse, la mise en place d’un volet formation à et par la recherche avec une école doctorale biannuelle, des écoles thématiques, ainsi qu’un séminaire pour rassembler les étudiants en master. Un hôtel à projets sera également mis en place pour présenter des projets destinés à financer les actions scientifiques, ou héberger et soutenir des projets portés notamment par des jeunes chercheurs.
Des actions de valorisation et de diffusion sont également envisagées comme une collection de working papers en ligne, ou la poursuite de la revue « De facto » destinée à un public large. La fédération souhaite également créer une synergie entre les revues francophones dédiées aux migrations. Une volonté forte de ce nouveau projet et de continuer à faire valoir l’expertise de la recherche auprès des politiques publiques et de porter une parole scientifique accessible au-delà du milieu académique.
Enfin, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, avec d’autres établissements partenaires de l’ICM, travaille également à un développement de perspectives internationales institutionnalisées sur le sujet des migrations, à la fois grâce à ses propres partenariats et à ceux noués dans le cadre du projet de l’ICM.
Les discussions sur le projet de fédération sont toujours en cours avec les tutelles et partenaires. Un appel à participation va être diffusé en directions des unités de recherche potentiellement intéressées. L’objectif est de créer officiellement la fédération en janvier 2027 et d’organiser un colloque de lancement en septembre 2027.
> Voir ou revoir l’intégralité des journées scientifiques des 2 et 3 avril 2026
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