Projet MALADI : Une maladie ovine identifiée grâce à l’ADN ancien
Une étude interdisciplinaire menée par Annelise Binois-Roman, maîtresse de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en collaboration avec Kevin Daly de University College Dublin, a permis d’élucider la cause de la mort de neuf moutons retrouvés dans une fosse commune au nord de Paris.
Neuf moutons enterrés ensemble dans la cour d’une ferme de Louvres (Val d’Oise), intriguaient les archéologues depuis des années. Aujourd’hui, grâce à la combinaison de l’analyse de l’ADN ancien, de l’archéologie et de l’histoire vétérinaire, il a été établi que ces animaux avaient été victimes d’une épidémie de clavelée qui avait frappé la région il y a plusieurs siècles. Il s’agit du premier cas de de diagnostic génétique d’une mortalité animale archéologique.
« Il s’agissait d’une enquête véritablement interdisciplinaire », explique Annelise Binois-Roman. « Les données archéologiques indiquaient une crise de mortalité, mais ce n’est qu’en croisant plusieurs types d'analyses que nous avons pu identifier la maladie responsable. »
Aucune hypothèse précise n’avait été identifiée auparavant pour la cause de ces décès. L’équipe a réussi à démontrer par l’analyse du matériel génétique des dents des moutons la présence du virus de la clavelée, une maladie ovine largement répandue entre le XVIIe et le XVIIIe siècles, à une époque où le commerce et les déplacements des moutons étaient très intenses.
Les résultats de cette étude sont particulièrement intéressants d’un point de vue scientifique, d’abord parce qu’ils constituent l’un des exemples les plus convaincants à ce jour de la manière dont l’ADN ancien peut révéler les causes d’épidémies animales historiques qui resteraient autrement invisibles dans les archives archéologiques. Ensuite, il s’agit du premier génome ancien du virus de la clavelée qui a pu être reconstitué, éclairant l’histoire évolutive de ce virus. Enfin, le virus de la clavelée, éradiqué de France depuis les années 1960, est très étroitement apparenté à celui de la dermatose nodulaire contagieuse à l’origine d’une épidémie en France en 2025.
Cette étude a fait l’objet d’un article dans la revue Royal Society Open Science, paru le 10 juin dernier.
Maladies AnimaLes en Archéologie : Diagnostic et Impacts
Le projet MALADI, pour Maladies AnimaLes en Archéologie : Diagnostic et Impacts porte sur l’étude des impacts de la maladie animale dans les sociétés médiévales européennes, explorant tour à tour ses conséquences sanitaires, socio-économiques, et la résilience des sociétés à ces maladies. Annelise Binois-Roman, maîtresse de conférences en ethnologie, préhistoire et anthropologie biologique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’UMR ARSCAN - Archéologie et sciences de l'antiquité, a été lauréate des Chaires SHS de la région Île de France en 2022 pour ce projet.