Les camps de la pauvreté : une exposition et des conférences sur les migrations internes forcées
Visible jusqu’au 21 février 2026 à l’Humathèque du Campus Condorcet, l’exposition « Les camps de la pauvreté. Migrations internes forcées des Kurdes de Turquie (1990-2000) » présente cinquante photographies prises en 1998 dans la province d'Edirne, au nord-ouest de la Turquie. Elles documentent le quotidien d’un groupe kurde vivant toute l’année sous des tentes.
Inaugurée le 11 décembre 2025, cette exposition incarne pleinement l’esprit collectif du Campus Condorcet, puisque sept unités de recherche implantées sur le campus ont contribué à sa réalisation, en lien avec les équipes de l’Humathèque.
Les récits, recueillis par Fadime Deli (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) associés aux photographies de Danilo De Marco, révèlent l’histoire singulière d’une communauté kurde composés de 70 personnes installées sous des tentes aux abords de la ville de Keşan, en Thrace occidentale, non loin de la Grèce. Ces textes et ces images racontent comment ces hommes, ces femmes et ces enfants ont vu leur quotidien bouleversé et sont devenus, malgré eux, des nomades.
Des vies en migration
Les membres du groupe sont tous des paysans originaires des villages du département de Mardin, situé dans le sud-est anatolien, à la frontière syrienne. Ils ont dû quitter précipitamment leurs villages sur ordre des militaires turcs à la fin de l’année 1993 et au début de 1994. Depuis leur départ, ils vivent sous des tentes, un mode d’habitat qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils ont dû adopter par nécessité, faute de ressources financières ou de réseau de connaissance. Ils ont été contraints de se déplacer au gré des opportunités de travail sur l’ensemble du territoire turc : dans la Çukurova pour le ramassage du coton, vers Izmir et Manisa pour la cueillette des fruits et légumes, à Istanbul, avant d’arriver à Keşan pour planter des arbres. Une carte de la Turquie, reproduite pour l’exposition, retrace leur itinéraire.
Ces conditions de vie précaires ont eu des effets sur l’ensemble des membres du groupe, et plus particulièrement sur la scolarisation des enfants. Ceux de plus de 7 ans, scolarisés dans leur village d’origine, ont brutalement interrompu leur cursus et les plus jeunes n’ont jamais pu être inscrits à l’école, en raison de ce nomadisme permanent. Il s’agit là d’une situation sociologique très singulière puisque les descendants sont moins instruits que leurs propres parents.
La destruction des infrastructures, l’abandon des terres cultivées, la mémoire des violences rendent difficile, si ce n’est impossible, le retour de milliers de personnes déplacées. Ces adultes et leurs enfants restent sur les lieux de leur exil où ils sont confrontés à la marginalisation sociale, la déscolarisation, et à la précarité de leurs conditions de vie malgré la fin officielle du conflit armé.
Un regard engagé
Originaire de Udine, en Italie, Danilo De Marco a appris la photographie sur le terrain en privilégiant le contact direct avec les personnes qu’il photographie et en partageant leur quotidien. Il a collaboré avec de nombreux journaux à l’international et a travaillé sur différents continents et auprès de nombreuses communautés. Pour lui, la photographie est un outil de résistance et de prise de conscience, car son travail dépasse le simple reportage : il témoigne et dénonce en documentant la vie des minorités, des peuples marginalisés et opprimés.
Un cycle de conférences accompagne cette exposition afin d’apporter une analyse plus générale sur l’encampement et sur l’état actuel des migrations internes forcées dans le monde, en évoquant les situations des Kurdes, des Sahraouis, des Palestiniens et des Soudanais.
Les camps de la pauvreté. Migrations internes forcées des Kurdes de Turquie (1990-2000)
Du 12 décembre 2025 au 21 février 2026.
Du lundi au vendredi, de 8h à 20h & les samedis, de 13h à 18h.
Humathèque Condorcet - Interface - Espace Françoise Héritier
10 cours des humanités, 93300 Aubervilliers
Entrée libre et gratuite
Visite commentée le 13 janvier 2026 à 13h
Inscription : https://evento.renater.fr/survey/visite-commentee-les-camps-de-la-pauvrete-migrations-internes-forcees-des-kurdes-de-turquie-1990-2000-42z3pimn
Programme du cycle de conférences :
Les conférences sont gratuites et se déroulent à l’Auditorium de l’Humathèque, 10 cours des Humanités 93322 Aubervilliers
- Jeudi 8 janvier 2026 (17h-19h) : « L’encampement du monde »
- Jeudi 15 janvier 2026 (17h-19h) : « Les camps de la longue durée, regards croisés sur les cas sahraoui, palestinien et soudanais »
- Jeudi 22 janvier 2026 (17h-19h) : « La migration des Kurdes en Turquie »
- Jeudi 05 février 2026 (17h-19h) : « L’état actuel des migrations internes forcées »
Commissariat scientifique et artistique de l’exposition :
- Emmanuel Bellanger, CNRS - CHS Centre d'histoire sociale des mondes contemporains (UMR 8058)
- Camille Bourdiel, Paris 1 Panthéon-Sorbonne - CHS Centre d'histoire sociale des mondes contemporains (UMR 8058)
- Nathalie Clayer, EHESS – CETOBaC Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (UMR 8032)
- Ségolène Débarre, Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Géographie-cités
- Fadime Deli, Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Direval
- Danilo De Marco, photographe indépendant
- Pierre Eloy, Paris 1 Panthéon-Sorbonne – CRIDUP Centre de recherche de l'Institut de démographie de Paris (UR 134)
- Alice Franck, Paris 1 Panthéon- Sorbonne – PRODIG Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique (UMR 8586)
- Michel Péraldi, CNRS - IRIS Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (UMR 8156)
- Fabrice Virgili, CNRS - SIRICE Identités, relations internationales & civilisations européennes (UMR 8138)
L’exposition est soutenue financièrement par :
- La délégation Île-de-France Meudon du CNRS
- L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- L’Institut Convergences Migrations
- Le groupe de travail « Penser la production de l’urbain entre Suds et Nords » du Labex DynamiTe
Crédits photos : Campus Condorcet – Humathèque et Paris 1 Panthéon-Sorbonne