©Château de Versailles/T. Garnier
Recherche

Vingt années de recherches au cœur du château de Versailles

Entretien avec Mathieu da Vinha, directeur du Centre de recherche du château de Versailles, dont Paris 1 Panthéon-Sorbonne est membre associé depuis 2015. Créé pour rapprocher le monde des musées et celui de la recherche universitaire, le centre fête cette année ses 20 ans d’existence.

Fondé en 2006 sous la forme d'un groupement d'intérêt public (GIP), le Centre de recherche du château de Versailles fût à sa création le premier centre de recherche français adossé à un musée. Il compte aujourd’hui huit membres, dont cinq institutions d'enseignement supérieur : l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ; Sorbonne Université ; l'École du Louvre et CY Cergy Paris Université.

Créé pour faire dialoguer les mondes de la conservation et de la recherche universitaire, il contribue, par ses multiples activités, à approfondir la connaissance de la société de cour et du rôle de Versailles dans l’histoire européenne, tout en favorisant la diffusion du savoir auprès des chercheurs et du grand public.

 

©Château de Versailles/T. Garnier

Mathieu da Vinha est historien, spécialiste de la vie à la cour de France aux XVIIe et XVIIIe siècles, et directeur du Centre de recherche du château de Versailles depuis juin 2024.

Quel est l’objet du Centre et quels sont les principaux domaines de recherche qu’il couvre ?

Mathieu da Vinha : Le Centre a pour objet principal les lieux et expressions du pouvoir tels qu’ils sont représentés en France et en Europe, principalement aux XVIIe et XVIIIe siècle. Néanmoins, on ne s’interdit pas – quand il y a lieu – de remonter au XVIe siècle et de descendre jusqu’au XIXe siècle voire au XXe ou même au XXIe siècle. Même si le spectre de la recherche est large, le champ d’études couvre essentiellement la société de cour en Europe sous l’Ancien Régime. Le champ est volontairement pluridisciplinaire et couvre à la fois l’histoire, l’histoire de l’art, la littérature, la philosophie, la musicologie, etc. Et, au-delà de cette pluridisciplinarité, le Centre encourage fortement l’interdisciplinarité pour mieux saisir l’objet même de la cour et des enjeux de pouvoir. Son statut de Groupement d’intérêt public (GIP) prône en effet l’apport de chacun des partenaires dans la réflexion commune.

Quels sont les programmes de recherche actuellement développés par le Centre et quelles problématiques historiques explorent-ils ?

MdV : Le Centre a à la fois des programmes de recherche fondamentale et des programmes de recherche appliquée. Parmi ces premiers, quatre projets sont en cours. Le plus ancien concerne Les réseaux et la sociabilité à la cour de France aux XVIIe et XVIIIe siècles, se subdivisant en deux axes : l’un sur les personnes et charges de la cour de France et le second sur l’histoire socio-économique des noblesses en contexte de cour. Parmi les autres programmes, on peut citer La représentation de l’histoire au sein des collections du musée de Versailles, étudiant l’iconographie choisie par Louis-Philippe pour illustrer l’histoire de France mais aussi le programme Châteaux et musées en Europe : un patrimoine artistique à l’épreuve de la guerre (XIXe-XXIe siècle). Enfin, un programme sur Le monde diplomatique à Paris vient d’être lancé autour des cultures et réseaux. Parallèlement à ces programmes, le Centre a aussi différents projets scientifiques et de recherche appliquée qu’il développe sous différents formats de bases de données.

Le Centre mène également des activités d’enseignement et de formation. Quelles sont-elles et à quels publics s’adressent-elles ?

MdV : Le Centre a une forte activité d’enseignement et de formation qu’il développe avec l’ensemble de ses membres. Cette activité prend différentes formes de séminaires qui peuvent se décliner sur une journée, plusieurs jours ou même s’étendre sur une année entière. Parmi les différentes possibilités, on peut évoquer le cas le plus simple qui est celui d’un séminaire délocalisé en salle à Versailles le matin, suivi par une visite in situ du château, en lien avec la thématique de la matinée. Mais la formation peut être plus intense avec l’immersion dans le domaine de Versailles pendant une semaine avec une présentation de toutes les activités d’un grand site patrimonial, depuis les activités scientifiques jusqu’aux enjeux administratifs et financiers, tout en passant par les activités de restauration. Le Centre a surtout mis en place un séminaire commun à tous nos membres de l’enseignement supérieur (le séminaire « Versailles : art et histoire ») qui s’étend sur 5 séances entre janvier et février. Toutes ces actions sont ouvertes et réservées aux membres du Centre.

Colloque au CRCV

Le Centre propose chaque année une programmation d’événements scientifiques. Quels formats privilégiez-vous et quels publics souhaitez-vous toucher à travers ces rencontres ?

MdV : Le Centre propose en effet chaque année une large programmation scientifique. Celle-ci prend la forme de l’organisation de plusieurs colloques et journées d’études mais aussi, depuis quelques années, de conférences qui se tiennent soit en présentiel à l’auditorium du château, soit en ligne en direct. Cette programmation a essentiellement vocation à toucher la communauté scientifique mais, bien évidemment, toute cette activité est ouverte à un plus large public. Chaque fois que cela est possible, il est proposé d’élargir le propos à un public plus large, à l’instar de qui sera fait l’an prochain avec la journée d’études jeunes chercheurs qui s’intéressera à « Médiatiser Versailles : représentations du pouvoir, circulations culturelles et expériences patrimoniales ».

Comment les travaux et les résultats des recherches menées au sein du Centre sont-ils valorisés et diffusés auprès de la communauté scientifique et du grand public ?

MdV : Le Centre, comme institution publique, a eu à cœur depuis sa création de valoriser au maximum et le plus rapidement possible les recherches qu’il menait en son sein. Cette valorisation prend différentes formes. La plus naturelle et la plus classique reste la restitution des recherches à travers les manifestations que nous avons évoquées plus haut mais aussi à travers les différentes publications papier développées par le Centre, que cela soit avec ses propres collections ou encore par les soutiens qu’il apporte à différentes publications. Mais bien évidemment, la valorisation passe aussi par le numérique et c’est la raison pour laquelle est très vite né Le Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, revue électronique publiée sur OpenEdition depuis 2007. Cet outil n’était que le point de départ à plusieurs autres…

Le Centre met à disposition de nombreuses ressources documentaires en ligne. Lesquelles sont-elles et comment les chercheurs et les étudiants peuvent-ils y accéder ?

MdV : Il nous est très vite apparu que les recherches menées au sein du Centre donnaient lieu à toutes sortes de ressources exploitables sous différentes formes. Outre les données brutes que nous ne souhaitions pas perdre, les programmes de recherche généraient de la documentation qu’il convenait d’organiser pour la rendre accessible au plus grand nombre. Nous avons donc conçu un certain nombre de bases de données documentaires ou relationnelles prenant en compte ces différents aspects. C’est ainsi qu’aujourd’hui nous disposons de 12 bases ou outils numériques (6 autres sont en cours de développement) directement accessibles à tout un chacun via notre portail numérique. Cela va aussi bien de la base bibliographique rassemblant plus de 7 100 articles autour de nos différentes thématiques à une base beaucoup plus complexe sur la prosopographie des officiers de la cour, tout en passant par une banque d’images ou des modélisations 3D.

Louis XVI donnant des instructions à La Pérouse, 29 juin 1785 - Nicolas-André Monsiau
Public domain, via Wikimedia Commons

L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne étant membre associé du Centre, quelles possibilités de collaboration, quelles ressources et quels services sont accessibles aux enseignants-chercheurs, aux doctorants et aux étudiants de l’université ?

MdV : Chaque membre du Centre de recherche du château de Versailles participe à l’activité générale de l’institution mais peut aussi avoir évidemment ses activités propres. Toutes sortes d’activités peuvent donc être proposées, que cela soit un séminaire d’un professeur, la co-organisation d’un événement par un centre de recherche de Paris 1 Panthéon-Sorbonne ou encore l’organisation d’un colloque ou d’une journée d’études dans le cadre de notre soutien aux jeunes chercheurs, la demande d’un soutien à publication, l’accueil ponctuel d’étudiants pour les orienter, mais aussi en stage ou chercheur associé, etc. Les possibilités sont donc très largement ouvertes et chaque membre du GIP doit être force de proposition. Le Comité scientifique, dans lequel Paris 1 Panthéon-Sorbonne est représenté par les professeurs Anne Conchon et Etienne Jollet, puis l’Assemblée générale, dans laquelle siège la présidente Christine Neau-Leduc ou son/sa représentant(e), décident des actions retenues ou non.

Le Centre de recherche est situé au Grand Commun à Versailles
©Château de Versailles/T. Garnier

Enfin, quelles sont les grandes orientations stratégiques et les perspectives de développement du Centre pour les prochaines années ?

MdV : L’enjeu principal pour le Centre est de maintenir une activité scientifique rigoureuse en partenariat avec ses différents membres, malgré des recettes identiques à celles inscrites dans la convention constitutive approuvée par l’arrêté du 27 octobre 2006. L’enjeu n’est pas neutre et il nous faut trouver de nouveaux apports financiers car les dépenses de fonctionnement ont sensiblement augmenté depuis 20 ans. Le constat est le même pour tous les membres et nous les remercions sincèrement d’être toujours de l’aventure. Sinon, sur un point de vue plus pragmatique, l’enjeu est aussi de rester à jour sur nos différents outils et de bien s’engager dans la révolution numérique et de l’intelligence artificielle. Ainsi, l’année de la célébration des 20 ans – qui s’étend d’octobre 2026 à octobre 2027 – sera véritablement placée sous le signe des nouvelles technologies et de la science ouverte, notamment avec la mise en ligne de 2 500 nouveaux plans anciens du domaine de Versailles dans le cadre de notre projet VERSPERA, la mise en ligne de nouveaux outils numérique ou encore la modernisation de notre site Internet.

 

Le Centre de recherche du château de Versailles fête ses 20 ans

Le 27 octobre 2026, le Centre de recherche du château de Versailles a inauguré une année anniversaire qui se poursuivra jusqu’en octobre 2027. Découvrez le programme complet.