Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
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Retour sur le Festival Quartier du Livre 2026

Deux tables rondes ont été proposées par l’université, la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne et les Éditions de la Sorbonne dans le cadre de l’édition 2026 du festival organisé par la Mairie du 5e arrondissement.

Depuis cinq ans l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne collabore avec le Festival Quartier du Livre organisé par l’association Vivre Lire et la Mairie du 5e arrondissement de Paris. L’édition 2026 s’est déroulée du 27 mai au 3 juin 2026 autour de plus de 200 évènements organisés au cœur du quartier latin. Pour l’occasion, l’université, la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne et les Éditions de la Sorbonne ont proposé plusieurs événements destinés à faire connaître à un public large des ouvrages récemment publiés par les chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales, sur des sujets d’actualité. Deux tables rondes ont été organisées à l’université et la Mairie du 5e, et, comme chaque année, la librairie des Éditions de la Sorbonne a organisé sa braderie en proposant une sélection de titres à prix réduits parmi le millier d'ouvrages consacrés à la diversité de la recherche universitaire dans le domaine des sciences humaines et sociales.

Refaire le monde : économie, société, création

Modérée par Sophie Cras, vice-présidente déléguée science avec et pour la société de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cette conférence invitait deux spécialistes en philosophie et en arts qui, chacun du point de vue de son ouvrage et de sa discipline, ont choisi de réfléchir aux formes que pourraient prendre une autre société, une autre économie, d’autres formes de relations au sein des mondes de l’art, et au-delà, pour en quelque sorte trouver des moyens de « refaire le monde ». 

Franck Fischbach, professeur de philosophie allemande à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne s’est appuyé sur son ouvrage Faire ensemble. Reconstruction sociale et sortie du capitalisme (Seuil, 2024) et Judith Michalet maîtresse de conférences en esthétique et philosophie de l’art à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sur un ouvrage auquel elle a contribué, intitulé Les mondes de l'art à l'âge du capitalisme culturel dirigé par Aline Caillet et Florian Gaité (PUV, 2025). 

« La raison n’est nulle part ailleurs que dans notre agir collectif, dans notre “faire ensemble” » c’est la thèse qu’a soutenue Franck Fishbach dans son livre et dans sa prise de parole. Il a expliqué que la manière dont les êtres humains sont socialisés s’est transformée : au lieu d’être socialisés à partir de la singularité de notre travail et de nos activités, nous sommes socialisés par rapport à la valeur du travail que nous produisons, c’est-à-dire par les produits de nos échanges. En d’autres termes, cette vision capitaliste a déshabitué les êtres humains à faire ensemble et en limite les possibilités. L’objet du livre du chercheur est d’insister sur l’importance de prendre soin de nos relations les uns avec les autres, comme avec le reste du vivant, de déployer ces relations puisqu’ « il n’a jamais été aussi urgent qu’aujourd’hui, quand s’accumulent les crises sociales et économiques, de redécouvrir notre pouvoir de vivre ensemble ». 

Judith Michalet a exposé les différentes idées que l’on retrouve dans l’ouvrage collectif qui réunit de nombreuses contributions d’auteurs et autrices divers : philosophes, artistes, militantes et professionnels de la culture. Elle a indiqué que cet ouvrage offre un état des lieux et des perspectives sur les mondes contemporains de l’art, sur l’activité artistique et la façon dont elle est captée, appropriée et finalement neutralisée par le capitalisme : « Le monde de l’art doit négocier avec la confusion de plus en plus profonde entre les valeurs artistiques et économiques, les positions d’extériorité sont sans cesse réappropriées par le capitalisme, caractérisé précisément de capitalisme culturel. » La chercheuse a ensuite présenté plusieurs exemples issus du livre sur des pistes pour transformer, repenser détourner cette vision capitaliste de l’art :  réviser le statut des artistes afin d’obtenir un véritable statut de travailleur de l’art, donner une place pour les enjeux écologiques et pousser les institutions à décarboner la culture (par exemple : le travail d’une doctorante sur les énergies fossiles et l’art et la mise en place de leviers de ralentissement et de renoncement pour éviter la multiplication des musées, galeries, expositions), donner une place aux enjeux décoloniaux,… 

Franck Fischbach
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Judith Michalet
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Sophie Cras
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

Travailler sur Marc Bloch à l’heure de sa panthéonisation

La deuxième table ronde s’est tenue le mercredi 3 juin au centre Panthéon. Organisé par la Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne et les Éditions de la Sorbonne, cet évènement s’inscrivait dans le cadre du cycle "La BIS présente…", consacré à l'actualité de la recherche et de l'édition en sciences humaines. 

Dans la continuité de son exposition consacrée à l’histoire des livres de Marc Bloch en Sorbonne et à quelques semaines de la cérémonie de panthéonisation, la BIS s’est associée aux Éditions de la Sorbonne pour réunir un panel de cinq auteurs et autrices d’ouvrages publiés sur l’historien médiéviste et résistant : Alya Aglan, pour la parution de La double mort de Marc Bloch (Flammarion) ; Florian Mazel et Yann Potin, pour la parution de l'ouvrage collectif Marc Bloch, L'histoire en résistance (Seuil) ; Matis Bloch pour la réédition de Marc Bloch, la biographie impossible aux Éditions de la Sorbonne ; Guillaume Calafat, pour le prochain numéro des Annales qui sera consacré à Marc Bloch ; et Jean-David Morvan, pour la parution de la bande dessinée Marc Bloch, l'historien combattant (Tallandier).

Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Matis Bloch
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Florian Mazel
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

Animée par Valérie Hannin, directrice du magazine l'Histoire, cette table ronde a questionné en quoi la panthéonisation pouvait réactiver ou renouveler la recherche sur Marc Bloch. Les auteurs et autrices ont chacun présenté leur ouvrage en décrivant leurs motivations à effectuer des travaux de recherche et à écrire sur l’historien et/ou le résistant. Ces travaux, très différents les uns des autres, apportent chacun une vision particulière de la vie et du travail du médiéviste et du fondateur de l’école des Annales aux côtés de Lucien Febvre.

Alya Aglan
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Jean-David Morvan
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

En conclusion des échanges, Valérie Hannin a questionné les auteurs sur la panthéonisation en leur demandant si, selon eux, c’était le savant ou le combattant qui allait entrer au Panthéon le 23 juin 2026. Pour Florian Mazel, ces deux facettes sont réunies dans le geste présidentiel, même s’il y a « des Marc Bloch » panthéonisés par différentes instances et différents milieux : « Il est clair qu’il y a une intention présidentielle gouvernée pour l’essentiel par le geste du résistant, du sacrifice de soi pour la Nation. Il y a également une reconnaissance des intellectuels et des universitaires avec la prise en compte du rayonnement international de Marc Bloch, lié principalement à l’historien qu’il a été. Et après, il y a la manière dont nous, historiens et historiennes, pouvons estimer que d’autres vecteurs de la trajectoire de Marc Bloch peuvent justifier une panthéonisation. Il est le premier historien à rentrer au Panthéon, et cela a du sens au regard de la place qui est accordée traditionnellement à l’histoire en France et en particulier au sein de l’éducation nationale. Il faut être, je pense, reconnaissant de cette place donnée à notre discipline depuis au moins la troisième république, et cette panthéonisation prolonge cette reconnaissance. Nous voyons bien aujourd’hui que cette place peut être menacée, notamment celle qu’occupe les historiens dans le secondaire, l’actualité nous l’a malheureusement montré récemment ».