Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Recherche

Programme DIAS : les enjeux de l’IA au cœur de la recherche à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le programme DIAS (DATA-IA-SHS) a été lancé le 11 décembre 2025 dans le cadre d’une journée de travail qui a rassemblé une quarantaine de chercheurs et chercheuses et de personnels d’appui. Le programme vise à fédérer, coordonner et soutenir toutes les activités de recherche menées à Paris 1 Panthéon-Sorbonne autour des données et de l’intelligence artificielle, dans une perspective transdisciplinaire.

Le programme DIAS s’inscrit dans le cadre des actions que Paris 1 Panthéon-Sorbonne souhaite mener, au sein du projet Sorb’Rising (lauréat de l’appel à projets France 2030), sur les sciences et les technologies numériques et leur impact sur la recherche et la société. Cette démarche compte deux dimensions : une portant sur « les environnements numériques en tant qu'outil pour la recherche et l'enseignement » menée au sein de la cellule SIINR (Système d’information et ingénierie numérique pour la recherche) intégrée à la nouvelle Direction recherche innovation et société (DRIS) de l’université, et une autre portant sur « les environnements numériques en tant que sujet de recherche » menée au sein du programme DIAS.

Un projet pilote pour les initiatives transdisciplinaires en lien avec l’IA

Le programme DIAS vise à fédérer tous les travaux en sciences humaines et sociales menés à Paris 1 Panthéon-Sorbonne autour des données et de l’IA. L’objectif est de réfléchir aux aspects méthodologiques, épistémologiques, juridiques, éthiques et sociaux attachées à ces thématiques. Il s’agit également de s’intéresser à la manière dont l’IA et le numérique transforment la recherche en SHS et, réciproquement, à la manière dont les SHS accompagnent le développement de l’intelligence artificielle.

Le programme vise à rassembler largement la communauté universitaire autour de ces questions pour produire et animer une recherche innovante à l’échelle nationale, européenne et internationale, en favorisant les projets collectifs et transdisciplinaires.

DIAS se veut être un espace de dialogue et d’échange sur tout sujet à l’intersection des SHS et de l’IA. Un espace dédié à la rencontre entre tous les chercheurs et chercheuses de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et celles et ceux d’autres établissements français et étrangers. Le programme est ouvert à tous les enseignants chercheurs et les chercheurs, y compris les doctorants, les postdoctorants et les ingénieurs de recherche des composantes de l’université qui en font la demande.

La structure de DIAS s’articule autour :

  • de l’Observatoire de l’IA de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui depuis 2022 place l’IA au cœur du débat public en tant que sujet de société ;
  • d’axes de recherche qui structureront le développement des travaux transdisciplinaires et collaboratifs ;
  • de Chaires de recherche qui permettront l’ouverture et le rayonnement international par l’accueil de chercheurs étrangers.
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

Le volet valorisation du programme s’articulera autour de l’organisation de manifestations scientifiques, de la production d’outils de compréhension (comme des vidéos, des podcasts ou des communications grand public), ainsi que la promotion d’actions de formation et de sensibilisation aux enjeux sociaux et sociétaux de l’IA à destination du grand public et des institutions.

Une journée de travail pour définir les axes de recherche

Un travail collectif et collaboratif mené lors la journée de travail du 11 décembre a permis de commencer à définir des propositions d’axes de recherche autour de trois grandes thématiques : l’IA et les données ; démocratie et société ; les fondements de l’IA. Ces thématiques ont émergé d’après les réponses reçues à l’appel à manifestation d’intérêt diffusé par le programme DIAS au sein de l’université en septembre 2024. Une cinquantaine de réponses a été reçue, venant de 10 unités de formation, 18 unités de recherche et 18 disciplines. C’est grâce à un tel réseau et aux collègues qui ont participé à la journée du 11 décembre, que le travail de définition exacte des axes a pu débuter, dans l’idée de donner une structure forte et une identité claire à la recherche faite à Paris 1 Panthéon-Sorbonne sur IA et données. C’est par ce biais que les premières activités de DIAS commenceront à voir le jour en 2026.

Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

Entretien avec Alberto NAIBO, président du conseil scientifique de DIAS

Alberto Naibo
Alberto Naibo

Quelle est l’ambition de l’université avec le programme DIAS ?

Alberto Naibo : L’ambition est de structurer et de valoriser les différents types de recherches menées à Paris 1 Panthéon-Sorbonne qui impliquent l’IA et les SHS. Au sein de l’université, un nombre considérable de collègues travaillent sur des questions en lien avec l’intelligence artificielle. Certains mènent des recherches sur l’IA en tant qu’objet d’étude et de réflexion critique – des recherches, par exemple, sur le statut mathématique et épistémologique des techniques d’IA, ou sur la portée et les conséquences sociales, économiques et éthiques de l’usage des systèmes d’IA, ainsi que leur régulation et leur réglementation. D’autres collègues font un usage direct d’outils d’IA dans leurs recherches, par exemple en histoire, en géographie ou dans les arts, afin de traiter de larges bases de données, ou pour tester ces outils et voir comment ils peuvent assister certains types de travail créatif. D’autres collègues encore ne sont pas seulement des utilisateurs d’outils d’IA, mais les développent eux-mêmes. Cette diversité d’approches de l’intelligence artificielle a toutefois une caractéristique en commun : la présence d’une composante SHS, que ce soit dans l’approche méthodologique ou dans le sujet de recherche abordé. 

Or, dès 2022, l’Observatoire de l'Intelligence artificielle de Paris 1 Panthéon-Sorbonne – lancé à l’initiative de Célia Zolynski (droit), Camille Salinesi (informatique) et Stéphane Lamassé (histoire) – a cherché à valoriser ces travaux en focalisant l’attention sur les aspects sociétaux, dans le but de créer une interface entre la recherche et la société. Cela a permis de donner une dimension publique aux recherches menées à l’université et de démontrer une capacité à faire émerger une compréhension transversale et critique des transformations sociales induites par l’IA. D’une part, DIAS souhaite continuer à soutenir ce type d’actions de valorisation et d’interface science-société. D’autre part, l’ambition de DIAS est également de structurer la recherche académique au sein de l’université en favorisant les projets collectifs et transdisciplinaires, et en faisant ainsi de Paris 1 Panthéon-Sorbonne un acteur majeur – tant au niveau national qu’international – sur les questions d’IA, de données et de SHS. Plus précisément, l’idée est de faire émerger les spécificités et les originalités propres à Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans la construction d’une réflexion critique sur les sciences et les technologies numériques.

Quels sont les trois axes de recherche du programme ? 

Alberto Naibo : Pour le moment, suite à la journée du 11 décembre dernier, nous avons commencé à recueillir des propositions d’axes de recherche, mais ils n’ont pas encore été entièrement définis. Les propositions sont en effet en cours d’évaluation et de discussion au sein du comité scientifique. En réalité, si l’on regarde les réponses reçues de la part des collègues au moment de l’appel à manifestation d’intérêt pour DIAS lancé en 2024, on peut déjà remarquer que trois thèmes majeurs se dégagent, qui correspondent aux différents intérêts scientifiques des collègues :

  • IA et données (comment les outils d’IA transforment les pratiques de la recherche, les méthodes de collecte et l’analyse des données, ou la production des savoirs) ;
  • démocratie et société (quelles sont les implications sociales, juridiques, économiques et politiques de l’IA sur nos sociétés, et quelles actions de régulation peuvent être mises en place) ;
  • fondements de l’IA (approches critiques, épistémologiques ou historiques sur la définition, les limites et les enjeux de l’IA).

C’est autour de ces trois thèmes que nous avons organisé les ateliers de travail de la journée du 11 décembre, et c’est également autour de ces thèmes que nous souhaiterions construire les axes de recherche. Toutefois, rien n’est fixé a priori. L’idée est aussi de s’adapter aux propositions reçues. Plus précisément, le choix du comité scientifique a été de faire émerger les axes à l’issue d’un travail de réflexion collective, mené en dialogue avec les collègues qui souhaitent s’y engager. C’est aussi pour cette raison que nous restons ouverts à la possibilité de revoir le nombre d'axes initialement prévus. Nous pouvons également différer le démarrage d’un axe si la réflexion sur sa définition n’est pas encore suffisamment aboutie. En revanche, il est essentiel qu’un axe satisfasse certains critères : être fédérateur (c'est-à-dire impliquer au moins deux laboratoires différents), structurant (c'est-à-dire inciter à des actions permettant de déboucher sur des projets avec d’autres sources de financement), ouvert (c’est-à-dire prêt à accueillir de nouveaux participants) et clairement orienté vers la recherche. Nous souhaiterions d’ailleurs que les intitulés des axes présentent une certaine originalité, pour pouvoir identifier clairement les spécificités thématiques et méthodologiques qui sont celles de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et se démarquer ainsi des recherches menées dans d’autres institutions.

Quel sera le fonctionnement de chacun des axes ?

Alberto Naibo : L’idée est de donner une certaine autonomie aux axes. Il y aura un responsable pour chaque axe, avec éventuellement un co-responsable issu d’un axe différent. Le responsable définira un plan d’action annuel, qui sera soumis à l’évaluation du comité scientifique. Il n’y a pas de type spécifique d’activités de recherche prévu : il peut s’agir de colloques internationaux, de séminaires doctoraux, de publications communes, de la création de contenus multimédias, etc. Ce qui est important, c’est que ces actions permettent de construire des liens de recherche interdisciplinaires au sein de l’université, mais aussi avec d’autres institutions, françaises ou étrangères (par exemple au sein de l’alliance Una Europa), et qu’elles puissent conduire à l’émergence d’autres projets collaboratifs et au dépôt conjoint de projets de recherche. Pour mener ces actions, chaque axe recevra un budget propre.

Quel sont les moyens financiers attribués à DIAS et comment vont-ils être répartis au sein du programme ?

Alberto Naibo : Le programme DIAS est financé à hauteur de 1,4 M€ jusqu’en 2030. Comme indiqué plus haut, DIAS souhaite donner une continuité aux actions menées par l’Observatoire de l’IA, dans la mesure où celui-ci constitue l’une des composantes structurantes autour desquelles DIAS s’articule. Pour ce faire, il est nécessaire de doter l’Observatoire d’un poste d’ingénieur d’études. Une partie de l’enveloppe financière dont dispose DIAS servira donc à recruter cette personne. L’idée est ensuite de doter l’Observatoire et les axes de recherche d’un financement annuel similaire (environ 25 000 € par an chacun) pour les quatre années à venir (2026-2030). Nous comptons par ailleurs attribuer aux responsables d’axes des ressources de recherche propres (1 000 € par an) pour leurs activités scientifiques en lien direct avec l’axe. Nous souhaiterions également mener des activités communes au sein de DIAS – par exemple des rencontres d’échange et de travail, à l’image de la journée du 11 décembre. À cette fin, nous comptons mobiliser environ 20 000 € par an, un montant qui pourra être ajusté en fonction du nombre final d’axes. En résumé, l’idée est d’attribuer environ 500 000 €, au cours des quatre prochaines années, aux activités de recherche menées par les axes et par l’Observatoire. Une autre part importante de l’enveloppe de DIAS sera destinée à la création de chaires visant à accueillir des chercheurs d'envergure internationale travaillant sur des questions d’IA et de données avec une approche et une dimension SHS. Plus précisément, il s’agit d’attirer des chercheurs développant des thématiques hautement originales et interdisciplinaires, susceptibles de créer de nouvelles interactions au sein de la communauté de recherche, mais aussi de contribuer au rayonnement et à la valorisation des recherches qui y sont menées, et d’établir des liens avec d’autres institutions, françaises ou étrangères. L’objectif est ainsi de faire de Paris 1 Panthéon-Sorbonne un environnement internationalement reconnu en matière d’IA, de données et de SHS. Le budget prévu pour le montage et le fonctionnement de ces chaires – frais de personnel, soutien à l’organisation de manifestations scientifiques, missions, etc. – s’élève à près de 600 000 €, répartis entre 2026 et 2030.

Quelles sont les prochaines échéances à venir ?

Alberto Naibo : La priorité, dans l’immédiat, est de définir les axes de recherche de DIAS et de lancer les premières actions scientifiques. Pour donner l’élan, l’idée est de commencer par des activités communes et transversales à l’ensemble du programme, qui permettent aux membres des différents axes de se rencontrer et d’échanger entre eux. Le comité scientifique de DIAS réfléchit déjà à des idées pour ce type d’activités et est prêt à s’investir dans leur organisation. Ensuite, il faudra commencer à réfléchir à l’organisation des chaires : là aussi, des discussions sont en cours concernant le format exact et la durée de celles-ci. Plusieurs possibilités sont envisageables, mais elles se préciseront une fois que les axes seront constitués, ce qui permettra également de réfléchir à la manière d’articuler le travail des axes avec les chaires.

DIAS est porté par un comité scientifique présidé par Alberto Naibo, maître de conférences en philosophie. Le programme est financé à hauteur de 1,4M€ par le projet Sorb’Rising (2022-2030), lauréat de l’appel à projets ExcellenceS – France 2030.

Le conseil scientifique DIAS :

Anne-Sophie Bruno, École d’histoire de la Sorbonne (EHS), CHS Centre d'histoire sociale des mondes contemporains (UMR 8058)
Laetitia Gauvin, Institut de recherche pour le développement (IRD), PRODIG Pôle de recherche pour l'organisation et la diffusion de l'information géographique (UMR 8586)
Alberto Naibo (président), UFR de philosophie (UFR10), IHPST Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (UMR 8590) 
Camille Salinesi, UFR de mathématiques et informatique (UFR27), CRI Centre de recherche en informatique (UR 1445) 
Jérôme Valluy, École de science politique de la Sorbonne (ESPS), COSTECH-UTC
Célia Zolynski, École de droit de la Sorbonne (EDS), IRJS Institut de recherche juridique de la Sorbonne (UR 4150)
Stéphane Zuber, CNRS, CES Centre d’économie de la Sorbonne (UMR 8174)

Contacter le programme : dias@univ-paris1.fr