Recherche

Un Printemps des Humanités sous le signe du travail

Chaque printemps, le Campus Condorcet et ses établissements membres ouvrent grand leurs portes pour le Printemps des Humanités, un festival ouvert à tous pour faire dialoguer sciences humaines et sociales, arts et citoyenneté. L’édition 2026 s’est tenue du 19 au 21 mars autour du thème « Pourquoi travailler ? ».

En organisant le Printemps des Humanité, le Campus Condorcet et la centaine d’unités de recherche qu’il rassemble, souhaitent répondre aux attentes de la société en faisant connaître et partager les connaissances produites par les chercheurs et chercheuses. L’événement rassemble près de 3 000 participants, chercheurs, artistes, étudiants et curieux qui viennent débattre et explorer une grande question de société. Pour Pierre-Paul Zalio, Président du Campus Condorcet, le Printemps des Humanités « ouvre un espace pour entendre, débattre, partager et apporter des éléments de compréhension aux débats et controverses qui sont nécessaires pour faire fonctionner le monde social et pour conduire une recherche scientifique de haut niveau ». Le festival souhaite également montrer l’utilité des sciences humaines et sociales pour la société, « elles permettent aux citoyens et citoyennes de repenser leur rôle dans un monde qui, à certains égards, s’assombrit » a-t-il ajouté en introduction du festival.

La mixité des publics est un objectif central du projet. Cette édition 2026 a porté une attention particulière à la jeunesse, avec la présence de nombreux lycéens dans le cadre d’une agora lycéenne et plusieurs forums hybrides, composés avec les équipes pédagogiques des lycées et les chercheurs du campus.

Le travail au cœur des réflexions

Cette troisième édition du Printemps des Humanités a proposé un espace de réflexion sur ce que travailler veut dire aujourd’hui.  Pas moins de 54 séquences se sont succédées durant trois jours sur le campus d’Aubervilliers. Des tables rondes, des conférences, des expositions, des projections, des performances de recherche création et des ateliers participatifs ont été programmés par le comité éditorial du festival et le comité scientifique du Campus Condorcet présidé par l’historienne Danielle Tartakowsky.

À partir d’une multiplicité de regards de chercheurs et d’artistes, le festival a interrogé la place qu’occupe le travail dans nos sociétés contemporaines et pensé ses mutations. Les sujets traités ont couvert un large éventail de cette thématique : les nouvelles manières dont le travail s’organise ; le salariat ; les études du travail ouvrier ; les livreurs ; l’uberisation ; le capitalisme de plateforme ; le rôle de l’IA, etc.

Plusieurs temps forts ont marqué cette édition, avec notamment la conférence inaugurale d’Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France et spécialiste du droit du travail et des transformations de l’État social, celle de Sophie Binet, Secrétaire Générale de la CGT sur l’importante du dialogue social autour du thème « Travail, syndicalisme et droits sociaux » ou encore celle de Dominique Méda, inspectrice Générale des Affaires Sociales sur « Pourquoi travaillons-nous ? ».

Les questions du « travailler autrement et du travailler mieux » ont été débattues autour des travaux de Bruno Palier, directeur de recherche au CNRS et avec Gilles Gateau, directeur général de l’Association Pour l'Emploi des Cadres (APEC). Il a été aussi question de l’engagement au travail avec un focus sur l’économie sociale et solidaire. Une table ronde consacrée aux propositions citoyennes des cahiers de doléances rédigés par plus de 200 000 personnes lors du mouvement des Gilets jaunes, a permis d’interroger la place que leurs rédactrices et rédacteurs accordent au travail, à sa valeur sociale, symbolique et économique, à ses conditions d’exercice, à son sens ou son absence.

La table ronde « Éditer les sources de l’histoire du travail » organisée par le Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (Paris 1 Panthéon Sorbonne, CNRS), a proposé une discussion autour de la collection « Archives du travail ». Composée de cinq ouvrages, cette collection rassemble un choix de documents oubliés ou inédits portant sur la thématique du travail. On y trouve des situations singulières, exemplaires ou problématiques, comme des articles sur les mondes du travail à la Belle Époque, des contrats d’imprimerie dans l’Italie du XVe siècle, le rapport d’inspection du travail dans l’Afrique colonisée, ou encore les mémoires inédites d’un docker et dirigeant syndical. La table ronde a rassemblé plusieurs spécialistes dont Michel Pigenet, professeur émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Nicolas Hatzfeld, Professeur émérite à l’université d’Evry, qui dirigent la collection. Les différents échanges ont porté sur la manière d’éditer les sources de l’histoire du travail, ce qu’elles peuvent apporter à la connaissance et à la compréhension des formes ou des acteurs individuels et collectifs du travail.

Jérôme Gautié, professeur d’économie du travail à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre d’Économie de la Sorbonne (Paris 1 Panthéon Sorbonne, CNRS, IRD) est intervenu dans la table ronde « Ce que l’IA fait au travail ». Une réflexion menée autour des questions politiques et techniques posées par les transformations concrètes provoquées par les systèmes d’intelligence artificielle qui s’invitent dans les activités de travail : rédaction automatique de messages ou de comptes rendus, priorisation de décisions, chatbots, assistants virtuels...

Le Printemps des Humanités est aussi l’occasion de rencontres, de moments où la recherche scientifique dialogue avec d’autres formes de créations. Ce fût le cas lors de la représentation théâtrale de Petites mains, un spectacle où la sociologue et metteuse en scène Odile Macchi s’appuie sur près de dix années d’enquête universitaire pour porter sur les planches les récits d’ouvriers de différents pays et époques. Une manière de prolonger un travail scientifique et de le présenter différemment que dans des articles scientifiques ou des ouvrages spécialisés.

> Voir ou revoir les conférences du festival