Penser collectivement les impacts scientifiques, éthiques et sociétaux de l’IA
Retour sur le colloque IA et société qui s’est tenu à la Maison des Sciences Économiques le 2 décembre 2025.
Le colloque “IA et société” a été organisé par Camille Salinesi professeur en informatique (CRI - Centre de Recherche en Informatique) et codirecteur de l'Observatoire de l'Intelligence artificielle de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Abdelkrim Doufene, directeur de nouvelles offres de conseil en transformation stratégique chez Dassault Systèmes. L’objectif de cet événement scientifique était d’entamer un dialogue entre différents mondes : académique, industriel et la société sur les enjeux de l’IA et leur impact sur la société.
Les deux organisateurs ont insisté sur le rôle de l’intelligence artificielle pour la recherche, notamment en sciences humaines et sociales, et sur l’importance de former les personnes qui feront les enjeux de demain sur ce sujet. C’est dans cette optique que l’Observatoire de l’IA a été créé au sein de l’université, en réfléchissant sur les effets et la transformation des sociétés par l’intelligence artificielle. Afin de sensibiliser le public aux enjeux de l’IA, différentes actions sont mises en place par l’observatoire, notamment des interventions auprès des collégiens et lycéens sur l’utilisation des réseaux sociaux et sur les deepfakes, ou encore la réalisation de la série de podcasts "Les voies de l’IA" en partenariat avec Franceinfo.
Les intervenants du colloque étaient issus de domaines variés, des experts du monde industriel, des acteurs du secteur privé, du secteur public et du monde académique. Deux tables rondes se sont tenues, animées par Louis Declée, doctorant à l’ESCP Business School et Gilles Lecerf, doctorant en philosophie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
La première table ronde s’est intéressée à "l’évolution de l’emploi et la cohésion sociale", avec Guillaume Avrin, directeur du développement et des partenariats chez Arlequin AI, Jonathan Cassaigne, référent Expert IA à Bpifrance, Hugo Hamad, expert de la Data et de l'IA et Mohammed Sijelmassi, directeur Technique Groupe chez Sopra Steria.
La seconde table ronde sur le thème "IA & risque de concentration du pouvoir" a rassemblé Christine Dugoin-Clément, chercheure associée à la chaire "Risques" de l’IAE Paris, Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, directeur Général Délégué Le Village by CA Paris et Ysens de France, experte en droit international, IA et éthique.
Deux autres thèmes ont également été abordés au cours de la journée, "l’IA et la manipulation de l’opinion publique" avec une intervention de Jean-Gabriel Ganascia professeur émérite à Sorbonne Université et "les deepfakes, un exemple interdisciplinaire à l’université" par Célia Zolynski professeure agrégée de droit privé à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et codirectrice de l’Observatoire de l’IA.
Plusieurs enjeux ont été soulevés pendant les échanges. Il a notamment été rappelé que bien comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle et comment elle fonctionne est fondamental pour l’ensemble de la société. Il a été également question de transformation du numérique, mais également des métiers.
À propos des deepfakes, on observe que les nouveaux médias accroissent la fragmentation de la société, elle-même déjà fragmentée, et l’attention du public est constamment sollicitée. La production de l’intelligence artificielle est massive et accessible au plus grand nombre, ce qui facilite la désinformation. On assiste à une fracture sociale et générationnelle face à l’IA, il est donc nécessaire de trouver des leviers politiques, économiques et éducatifs. Les enjeux d’éthique soulevés par l’utilisation malintentionnée des deepfakes ont également été abordés, notamment dans le cadre de recherches menées à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Enfin, le colloque a permis d’aborder les dimensions politiques et géopolitiques de l'IA. Il est ressorti des interventions et échanges que la mise en place d’une réglementation adaptée apparaît indispensable pour garantir un accès équitable à l’intelligence artificielle, évitant ainsi qu’elle ne soit accaparée par quelques grandes entreprises privées. Cette réflexion collective souligne l’importance d’un cadre partagé pour que l’IA bénéficie à l’ensemble de la société.