Anatomie de l’humour
L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne conduit depuis 2024 une recherche pluridisciplinaire sur l’humour. Le colloque « Drôle de réflexion : la philosophie de l’humour » organisé début mai 2026 est le cinquième événement scientifique organisé dans le cadre de ce projet.
Le colloque « Drôle de réflexion : la philosophie de l’humour », qui s’est tenu les 5 et 6 mai 2026 au centre Panthéon de l’université, s’inscrit dans la continuité des travaux initiés en janvier 2025 dans le cadre du projet « Normes et valeurs de l'humour » dirigé par Laurent Jaffro professeur en philosophie morale à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut des Sciences juridique et philosophique de la Sorbonne (ISJPS – UMR 8103). Le projet, soutenu par l’université dans le cadre du programme Sorb’Rising, est porté par une équipe pluridisciplinaire composée de philosophes, de juristes, de linguistes, de spécialistes d’études théâtrales, de littérature et des sciences de l’information.
L’équipe restreinte du projet s’organise autour de Laurent Jaffro, de Matthias Blondel qui prépare une thèse de philosophie consacrée à la nature et l'éthique de l'humour dans la double perspective des théories de l’humour et de la philosophie des émotions, et du chercheur postdoctoral Ronan Bretel qui consacre ses recherches au volet juridique du projet en s’intéressant plus particulièrement à la question de la limite à la liberté d’expression humoristique.
Comprendre l’humour à travers ses normes
Le projet « Normes et valeurs de l'humour » s’intéresse à la pluralité des valeurs et aux divers ordres de normes qui sont mobilisés dans l’évaluation de l’humour. Le but de l’équipe pluridisciplinaire est d’étudier d’une part les normes internes de l’humour, ou critères de l’humour, qui vont permettre de reconnaître ce qui est de l'humour ou pas. D’autre part, l’équipe étudie les normes externes de l’humour qui sont des normes et valeurs sociales très variées. Elles peuvent être notamment prudentielles, morales, esthétiques, politiques et juridiques. L’objectif des chercheurs et chercheuses est d’intégrer toutes ces normes et d’avoir les idées plus claires sur ce qu’est l’humour, sur ses diverses formes qui incluent la satire et la moquerie, et surtout, de mieux comprendre pourquoi son évaluation est si controversée.
La philosophie de l'humour accroît la connaissance d'un phénomène fréquent dans la vie quotidienne de tout un chacun, mais elle peut être aussi importante par ses retombées sociales, puisqu'elle peut permettre de repenser et de changer notre rapport à l'humour. La discussion autour des polémiques et des limites de l'humour est donc un point essentiel d'une philosophie de l'humour appliquée. C'est ce que vise ce projet.
De la définition de l’humour à ses enjeux juridiques
Le premier événement scientifique du projet s’est tenu en janvier 2025 dans le cadre de deux journées d’étude pluridisciplinaires « Quel humour !? » réunissant des spécialistes d'études linguistiques, littéraires, théâtrales, du droit de la presse et de la propriété intellectuelle et des sciences de la communication. Les différentes interventions et échanges ont permis de caractériser ce qui fait à la fois l’unité de l’humour et sa diversité. Différentes notions ont été passées en revue : humour, rire, comique, farce, pastiche, parodie, caricature, etc.
Ces journées d’étude ont été suivies d’une intervention sur la philosophie de l'humour à Nantes dans le cadre du congrès de la Société de philosophie analytique (SOPHA). Puis, en octobre 2025, Ronan Bretel et Anaïs Szkopinski, maître de conférences à l’université de Versailles Saint-Quentin (Université Paris Saclay), ont organisé le colloque « La propriété intellectuelle a-t-elle le sens de l’humour ? », fruit d’une collaboration scientifique entre de l'Institut des Sciences juridique et philosophique de la Sorbonne et le Laboratoire de Droit des Affaires et des Nouvelles Technologies. Ces journées de réflexion ont invité chercheurs et chercheuses à s’interroger sur la réception de l’humour à l’aune de la propriété intellectuelle, et plus précisément à l’aune de l’exception de « parodie, de pastiche et de caricature » créée en France par la loi du 11 mars 1957, matrice du droit d'auteur en France.
Plus récemment, en avril 2026, Matthias Blondel et Ronan Bretel ont animé une conférence intitulée « L'humour : prétexte à tout dire ? » dans cadre du Festival du Rire 2026 de Hérouville Saint-Clair. Les deux chercheurs ont exploré les différentes théories philosophiques de l’humour, ainsi que les limites de l’humour, lorsque celui-ci est utilisé pour décrédibiliser ou attaquer, et les situations où il peut devenir fautif, pénalement ou civilement.
L’humour comme objet de recherche philosophique
Les chercheurs et chercheuses invités au colloque « Drôle de réflexion : la philosophie de l’humour », ont quant à eux posé leurs réflexions sur la thématique centrale du projet et proposé une exploration approfondie des dimensions philosophiques, cognitives, sociales et éthiques de l’humour. À travers différentes perspectives, le colloque a offert un panorama riche et pluridisciplinaire des recherches contemporaines sur l’humour, en mettant en lumière à la fois ses mécanismes intellectuels, ses fonctions sociales et les enjeux éthiques qu’il soulève.
La première journée a été consacrée aux fondements théoriques de l’humour. Les interventions ont abordé successivement les principales théories philosophiques du rire (Laurent Jaffro), les liens entre humour et dissonance cognitive (Samar Haidar, doctorante à l’Université de Genève), ainsi que la conception de l’humour comme forme de jeu (Matthias Blondel, doctorant à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, ISJPS). L’après-midi a élargi la réflexion à une histoire de la philosophie de l’humour (Lydia Amir, professeure de philosophie à Tufts University), à la question de la force des énoncés humoristiques dans le langage (Bruno Ambroise, chercheur en philosophie au CNRS, ISJPS), à la pratique de l’autodérision (Samuel Lepine, maître de conférences à l’Université Clermont-Auvergne) et, enfin, aux enjeux éthiques du rire à travers une approche contextualiste (Steven Gimbel, professeur de philosophie, Gettysburg College).
La seconde journée a examiné les dimensions politiques, sociales et morales de l’humour. Les interventions ont analysé son pouvoir de contestation ou de destruction (Stéphane Lemaire, maître de conférences HDR à l’Université de Rennes 1), son utilisation dans la propagande (Constant Bonnard, postdoctorant à l’Université de Berne), ainsi que les relations entre humour, silence et violence (Camille Riverti, chargée de recherche en anthropologie au CNRS, CREDA). Les discussions se sont poursuivies autour de la question de l’appropriation émotionnelle des blagues (Alexandre Mateescu, doctorant à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ISJPS), des conditions permettant à une plaisanterie moralement problématique d’être perçue comme drôle (Pierre Destrée, chercheur qualifié au FNRS, UCLouvain), et du statut particulier de la blague raciste, située à la frontière entre humour et insulte (Magali Bessone, professeure de philosophie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ISJPS).
L’équipe du projet prévoie d’organiser un dernier événement scientifique pluridisciplinaire avant la fin de cette année, puisque le projet se clôturera en 2026.
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